Sur le terrain
Viticulture :
les femmes gagnent du terrain !
Elles représentent 26 % des exploitants du secteur viticole selon l’Agreste (Recensement Agricole 2020), mais leur empreinte est bien plus profonde. Entre héritage, obstacles culturels et ambitions affirmées, les femmes tracent leur voie dans un milieu encore très masculin.
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L’histoire de la viticulture ne saurait s’écrire sans les femmes. Au XIXe siècle, certaines d’entre elles ont su briser les conventions.
Joséphine d’Yquem, après le décès de son mari, a hissé le domaine familial au sommet des grands crus.
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Barbe-Nicole Clicquot-Ponsardin, plus connue sous le nom de Veuve Clicquot, a révolutionné les méthodes de vinification et ouvert la voie à une présence féminine dans le monde du champagne.
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Quant à Jeanne Alexandrine Pommery, elle a transformé une petite maison de champagne en un empire grâce à son sens des affaires et à son esprit d’innovation, notamment en popularisant le champagne sec. Ces figures historiques restent pourtant des exceptions dans un monde où les femmes peinent encore à s’imposer pleinement.
Un renouveau en marche
Aujourd’hui, si leur présence est en progression, notamment dans la gestion d’exploitations ou la vinification, les femmes restent minoritaires. Plusieurs facteurs freinent leur essor. D’abord, un héritage patriarcal tenace : dans beaucoup de familles viticoles, la transmission se fait préférentiellement aux fils. Ensuite, la pénibilité physique du travail, souvent perçue comme un obstacle, même si la mécanisation a modifié les réalités du terrain. Enfin, l’accès aux financements et à la reconnaissance dans les réseaux professionnels reste plus compliqué pour elles.
Pourtant, la situation évolue. De plus en plus de femmes créent leur propre domaine et s’affirment comme œnologues, techniciennes ou responsables d’appellation. Leur regard, souvent plus innovant et sensible à la durabilité, apporte une réelle valeur ajoutée au secteur. Les freins subsistent mais les lignes bougent. Et avec elles, la viticulture se réinvente !
5 questions à Tiphaine Pierlot,
vigneronne et membre
du collectif Viti-F
©Corentin Le Bolloch
Pourquoi le collectif Viti-F a-t-il été créé ?
Fondé en 2023, ce collectif rassemble des professionnelles du vin bio et nature qui ont choisi de s’unir pour échanger, se rencontrer et faire entendre leur voix. Ensemble, elles s’engagent contre le sexisme encore trop présent dans un milieu viticole largement masculin. Viti-F ne regroupe pas seulement des viticultrices mais aussi des femmes issues de l’ensemble de la filière du vin (ouvrières, sommelières, cavistes…).
Quels freins les femmes viticultrices rencontrent-elles encore aujourd’hui ?
Même si les mentalités évoluent, les femmes du monde viticole continuent de faire face à de nombreux préjugés. Sur le terrain, il n’est pas rare qu’un visiteur me demande : « Il est où le patron ? », comme si une femme ne pouvait pas conduire un tracteur, tailler la vigne ou décider des assemblages. Dans certaines situations, on s’adresse encore directement à mon compagnon. Les rôles demeurent malheureusement très genrés : les hommes seraient aux vignes, les femmes cantonnées aux tâches administratives.
Comment Viti-F soutient-il les femmes dans le milieu viticole ?
Formations, rencontres, conférences… Viti-F est sur tous les fronts. En février dernier, il a notamment animé trois tables rondes lors de la Levée de la Loire et des Greniers Saint-Jean à Angers. Ses actions s’articulent autour de quatre grands axes : la valorisation du travail viticole au féminin, des formations professionnelles pour les femmes et entre femmes, la prévention des violences sexistes et sexuelles (VSS) et la création d’événements viticoles sécurisants pour les femmes.
Voyez-vous un changement de mentalité dans le secteur ?
Oui, les choses évoluent et c’est encourageant. Les mentalités s’ouvrent, les échanges se font plus facilement et la place des femmes est davantage reconnue. Mais il faut rester vigilant. Ce n’est pas toujours de la mauvaise volonté, plutôt de la maladresse ou des habitudes bien ancrées. Le mouvement va dans le bon sens, à condition de continuer à en parler et à sensibiliser le secteur.
Quels sont les projets du collectif pour 2026 ?
L’année 2026 sera placée sous le signe de l’échange et de la formation. Le collectif souhaite renforcer les liens entre ses membres et proposer des formations plus concrètes, centrées sur la pratique et les besoins du terrain. L’objectif ? Continuer à faire grandir la solidarité entre les femmes du vin tout en leur donnant des outils concrets pour affirmer leur place dans la filière !
