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Comment les cultures
peuvent-elles mieux résister ?

Face à la multiplication des épisodes de canicule, l’agriculture française est confrontée à un stress climatique inédit. Rendements, qualité, viabilité économique : tout est impacté. Pierre-Antoine Chuste, consultant indépendant en agronomie et agrivoltaïsme, détaille les effets de ces vagues de chaleur et les leviers concrets d’adaptation déjà à l’œuvre dans les exploitations.

Pierre-Antoine Chuste,

consultant indépendant en agronomie et agrivoltaïsme

Quels sont les principaux effets de la canicule sur les cultures ?

On dissocie souvent canicule et sécheresse alors que les cultures subissent en réalité un stress multifactoriel : excès de chaleur, de lumière, stress hydrique, etc. Le timing est déterminant. Une canicule en juin n’a pas les mêmes effets qu’en août : selon le stade de développement de la plante, on observe des brûlures, une chute de fruits, un arrêt de croissance, par exemple, sur la vigne. Le résultat ? Une baisse de rendement, une dégradation de la qualité et une forte irrégularité entre les campagnes, ce qui fragilise économiquement les exploitations, d’autant plus si les épisodes se répètent d’année en année.

Comment anticiper plutôt que subir ?

Tout d’abord, en s’appuyant sur les prévisions météorologiques, le suivi des stades et les outils d’aide à la décision. Toutes les parcelles ne sont pas égales face à la canicule : certaines sont plus exposées ou déjà fragilisées. À moyen et long terme, il faut sécuriser l’existant : ne jamais laisser les sols nus, renforcer les couverts végétaux, travailler la structure et la vie du sol, véritables tampons face aux excès climatiques. L’organisation du travail évolue aussi avec des horaires décalés ou du travail de nuit.

« L’ombrage partiel s’impose comme un levier majeur, qu’il soit naturel (haies, arbres, agroforesterie) ou technique (filets, structures, agrivoltaïsme) »

En quoi le choix des variétés végétales et l’irrigation sont-ils des leviers ?

Le choix variétal est important mais ne constitue pas une solution universelle : une variété tolérante à la chaleur ne répond pas à toutes les situations, ni à tous les cahiers des charges. L’irrigation, de plus en plus contrainte, doit être pilotée finement : arroser trop tard ou en pleine chaleur revient souvent à perdre l’eau par évaporation. Fractionner les apports, irriguer au bon moment et s’appuyer sur la donnée deviennent essentiels.

Quelles autres solutions pouvez-vous citer ?

L’ombrage partiel s’impose comme un levier majeur, qu’il soit naturel (haies, arbres, agroforesterie) ou technique (filets, structures, agrivoltaïsme). Il permet de réduire les températures extrêmes, l’évapotranspiration et le stress hydrique. L’agrivoltaïsme, encore récent, offre un ombrage dynamique et modulable, particulièrement adapté à certaines vignes et vergers. Mais c’est une décision structurante, à réfléchir finement selon le contexte local. L’enjeu est clair : raisonner les choix sur 10 à 15 ans, car l’agriculture n’a plus affaire à des événements isolés mais à un climat durablement instable.