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L’eau sous pression :
quelles solutions pour une agriculture plus résiliente ?

Face au changement climatique, produire avec une ressource en eau plus rare est une nécessité.
Agroécologie, irrigation de précision, sélection variétale, réutilisation des eaux usées…
L’enjeu est de construire des systèmes agricoles plus sobres et résilients.

« Le pilotage de l’irrigation permettrait d’économiser de 10 à 40 % d’eau selon les situations. »

Illustration d'un agriculteur arrosant ses plants

L’eau est devenue l’un des principaux sujets de tension pour l’agriculture française. Alors que l’agriculture irriguée représente environ 58 % de la consommation d’eau en France, cette irrigation concerne surtout les productions à forte valeur ajoutée et sensibles au stress hydrique : fruits, légumes, semences ou viticulture. Dans les régions méditerranéennes et du Sud-Ouest, la hausse des températures et l’irrégularité des pluies accentuent les besoins estivaux, alors même que les ressources en eau diminuent. Depuis la directive-cadre européenne sur l’eau, transposée en France à partir de 2006, un principe s’impose : ne pas prélever davantage que ce que les ressources peuvent renouveler naturellement. Dans plusieurs territoires, les volumes prélevables sont désormais revus à la baisse.

Irriguer moins, irriguer mieux

Pour les chercheurs, la première réponse consiste à mieux valoriser l’eau de pluie avant de recourir à l’irrigation. L’agroécologie devient ici un levier majeur avec des méthodes qui ont fait leurs preuves, à l’image de la couverture permanente des sols, la réduction du travail du sol, la diversification des rotations des cultures, l’installation de haies ou encore la pratique de l’agroforesterie. Ces solutions visent toutes à ralentir le cycle de l’eau et à augmenter les capacités de stockage des sols. L’irrigation évolue elle aussi. Les chercheurs parlent désormais d’« irrigation de résilience ». Il ne s’agit plus de maximiser les rendements, mais de sécuriser les productions avec des volumes limités. Dans les filières arboricoles et maraîchères, les systèmes localisés – goutte-à-goutte ou microaspersion – progressent rapidement. Associés à des capteurs et à des outils d’aide à la décision, ils permettent d’apporter la bonne quantité d’eau au bon moment.

 

Champ de haricots verts en stress hydrique
De l’eau, oui, mais pas pour tout le monde ?

Les marges de progression restent toutefois importantes.
Près de 80 % des surfaces irriguées utilisent encore l’aspersion, parfois avec du matériel ancien. Selon l’INRAE, la modernisation des équipements peut permettre 15 à 25 % d’économies d’eau.
La question devient particulièrement sensible en viticulture. Les surfaces de vignes irriguées augmentent, notamment dans le sud de la France.
Mais les chercheurs restent prudents. Il n’y aura probablement pas assez d’eau pour généraliser l’irrigation à l’ensemble du vignoble.
L’avenir passera ainsi plutôt par une combinaison de leviers : le choix de cépages plus tolérants à la sécheresse, l’utilisation du paillage, l’enherbement maîtrisé ou l’irrigation ciblée.
Les recherches actuelles visent à dépasser la seule question des économies d’eau. L’objectif est désormais de repenser les systèmes agricoles dans leur ensemble.

 

Verger de pommiers avec goutte-à-goutte (Gotheron INRAE)
Vers une eau « multiservices »

Le programme BAGHEERA, lancé en 2025 dans la continuité du programme BAG’AGES, étudie la résilience agronomique, économique et sociale des systèmes agroécologiques dans un contexte de réduction de l’irrigation.
D’autres projets, comme TAI-OC en Occitanie, explorent une approche « multiservices » de l’irrigation.
Il s’agit d’utiliser l’eau non seulement pour produire, mais aussi pour accompagner la diversification des cultures, améliorer les sols et renforcer la résilience des territoires.
Autre piste étudiée : la réutilisation des eaux usées traitées. Encore très limitée en France, elle pourrait se développer dans les zones littorales et périurbaines, notamment pour certaines cultures spécialisées, sous réserve qu’il n’y ait pas d’usages qui dépendent déjà de l’eau de ces rejets à l’aval.
Car derrière la question technique se cache un enjeu plus large : comment partager une ressource plus rare entre l’agriculture, l’eau potable, l’industrie et les milieux naturels ?
Une certitude émerge toutefois des travaux scientifiques : la première réserve d’eau de demain restera le sol.

 

BAG’AGES : des résultats probants

Coordonné par l’INRAE sur le bassin Adour-Garonne, le programme BAG’AGES (2016-2021) a mobilisé 20 partenaires et 60 agriculteurs. Les travaux ont montré que les pratiques agroécologiques permettaient : ● une infiltration de l’eau deux à cinq fois supérieure ; ● une réserve utile des sols augmentée de 10 à 15 % ; ● jusqu’à 30 % de réduction des fuites de nitrates grâce aux couverts végétaux. Les chercheurs ont aussi observé que les sols non labourés, enrichis en matière organique et plus riches en vie biologique, retiennent mieux l’eau et la restituent plus longtemps aux cultures pendant les périodes sèches. Cette logique rejoint les principes de l’hydrologie régénérative, à savoir ralentir les flux d’eau dans les paysages agricoles grâce aux haies, aux mares, aux bandes enherbées ou aux couverts végétaux.